17 août 2026

Entrepreneuriat au Bénin : El Hadj Ibouraima Safiri invite les jeunes à miser sur les valeurs, la réputation et la capacité à résoudre des problèmes

Créer une entreprise ne consiste pas d’abord à chercher de l’argent. Il faut avant tout identifier un problème dans la société et proposer une solution capable d’y répondre durablement. C’est l’une des principales convictions défendues par El Hadj Ibouraima Safiri, Senior Finance Manager et Expert en Économie et Sociologie Rurale dans une organisation internationale, au cours d’un entretien consacré aux défis de l’entrepreneuriat et aux opportunités qui s’offrent à la jeunesse béninoise.

Entrepreneuriat au Bénin : El Hadj Ibouraima Safiri invite les jeunes à miser sur les valeurs, la réputation et la capacité à résoudre des problèmes

Pour ce spécialiste, l’erreur fondamentale de nombreux jeunes qui souhaitent entreprendre est de placer le financement au premier rang de leurs préoccupations. Or, selon lui, l’argent ne constitue pas nécessairement le point de départ d’une entreprise viable. « La première chose, c’est de régler un problème dans la société », soutient-il. Autrement dit, l’entrepreneur doit d’abord observer son environnement, identifier un besoin réel et construire une offre capable d’apporter une réponse pertinente.

‎Ne pas confondre emploi et entrepreneuriat

‎El Hadj Ibouraima Safiri insiste également sur la différence entre le statut d’employé et celui d’entrepreneur. L’employé, explique-t-il, attend régulièrement son salaire, tandis que l’entrepreneur doit accepter une certaine incertitude et attendre les résultats de son activité avant d’en tirer éventuellement des dividendes.

‎Cette différence suppose, selon lui, un état d’esprit particulier. Entreprendre, c’est accepter le risque, la patience et surtout la possibilité de connaître des périodes difficiles. Une réalité que les jeunes doivent intégrer avant de se lancer.

‎Le fonds de roulement, une condition essentielle

‎Parmi les principales erreurs qui fragilisent les jeunes entreprises, l’expert cite le manque de fonds de roulement. Beaucoup d’entrepreneurs, estime-t-il, pensent qu’une activité lancée aujourd’hui commencera immédiatement à générer suffisamment de revenus pour couvrir les charges du mois suivant.

‎Une hypothèse qui peut conduire rapidement à l’échec.

‎Pour Safiri, l’entrepreneur doit plutôt anticiper les premiers mois d’activité et disposer de ressources suffisantes pour permettre à son entreprise de fonctionner même en l’absence de revenus immédiats. Il recommande ainsi de prévoir, autant que possible, un fonds de roulement pouvant couvrir au moins six mois d’activité.

‎Autre erreur fréquemment observée : croire que l’on connaît parfaitement son marché. L’arrivée d’un nouvel acteur peut modifier les équilibres existants et obliger l’entreprise à revoir ses stratégies. D’où l’importance, selon lui, de rester flexible et capable de s’adapter.

‎La réputation, un véritable capital

‎Au-delà des ressources financières, El Hadj Ibouraima Safiri considère que la réputation constitue l’un des capitaux les plus importants dont dispose un entrepreneur.

‎Pour convaincre une banque, un investisseur ou un partenaire, les performances financières ne suffisent pas toujours. La confiance joue un rôle déterminant. « Le meilleur moyen d’accéder au capital extérieur, c’est ta réputation », estime-t-il.

‎Il appelle ainsi les jeunes à travailler davantage sur leur comportement et leur crédibilité. Son credo : « 80 % comportement, 20 % talent ».

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‎Pour lui, une personne extrêmement compétente mais incapable d’inspirer confiance aura davantage de difficultés à convaincre des partenaires. À l’inverse, une personne connue pour son sérieux, son intégrité et sa fiabilité peut bénéficier de la confiance nécessaire pour faire grandir progressivement son activité.

‎La formation, un investissement aussi important que les équipements

‎Dans le développement d’une entreprise, la formation occupe également une place centrale. L’expert met en garde contre la tendance à investir prioritairement dans les infrastructures et les équipements sans suffisamment investir dans les ressources humaines.

‎Construire un bâtiment ou acheter une machine ne garantit pas la réussite d’un projet, fait-il observer. Encore faut-il disposer d’hommes et de femmes capables d’utiliser correctement les équipements et de gérer efficacement l’activité.

‎La formation professionnelle apparaît donc, à ses yeux, comme un investissement indispensable pour assurer la solidité et la durabilité des entreprises. Il salue à ce titre l’importance accordée à la formation professionnelle au Bénin au cours des dernières années.

‎Pour se démarquer, il faut penser à la combinaison des compétences

‎Dans un environnement marqué par une concurrence de plus en plus forte, la différenciation doit être pensée dès la conception du projet. Pour Safiri, il ne faut pas attendre la création de l’entreprise pour se demander comment attirer ou fidéliser les clients.

‎Tout part, selon lui, du problème identifié et de la qualité de la solution proposée.

‎L’entrepreneur doit chercher à apporter une réponse plus simple, plus rapide ou plus efficace que celles déjà disponibles. Il cite également la combinaison de plusieurs domaines comme une source importante d’innovation. La rencontre entre technologie et finance, par exemple, a donné naissance aux fintechs.

‎L’idée est donc de croiser des compétences ou des secteurs qui ne sont pas forcément liés au départ afin de créer de nouvelles solutions répondant à des besoins réels.



‎« Foncez », mais préparez-vous à échouer

‎Aux jeunes qui ont une idée mais hésitent encore à se lancer, El Hadj Ibouraima Safiri adresse un message sans ambiguïté : il faut oser.

‎Mais oser ne signifie pas entreprendre sans préparation. Il faut, insiste-t-il, accepter dès le départ que le parcours entrepreneurial sera fait de succès mais aussi d’échecs.

‎L’échec, selon lui, ne doit donc pas être considéré comme une fin en soi. Il doit permettre de tirer des enseignements et d’améliorer le projet suivant. L’entrepreneur est ainsi présenté comme quelqu’un qui doit être capable de prendre des risques, de supporter la pression et de se relever après les difficultés.

‎Au-delà du business, construire un homme sur lequel on peut compter

‎Mais derrière son discours sur l’entreprise et la finance, El Hadj Ibouraima Safiri place une autre dimension au cœur de la réussite : les valeurs personnelles.

‎Il estime que la réussite ne doit pas être mesurée uniquement à l’argent ou à la position professionnelle. Elle se juge également à l’impact laissé derrière soi et à la capacité à construire une réputation durable.

‎Il distingue d’ailleurs le fait d’avoir un emploi et celui de construire une carrière. Pour lui, une carrière repose notamment sur la confiance, le sens des responsabilités et la capacité à apporter des solutions.

‎Il encourage ainsi les jeunes travailleurs à ne pas se contenter de transmettre les problèmes à leurs supérieurs. Ils doivent chercher, autant que possible, à identifier les difficultés et à proposer des pistes de solutions.

‎Une qualité qu’il résume à travers un terme anglais : « reliable », c’est-à-dire une personne sur laquelle on peut réellement compter.

‎Cette philosophie, explique-t-il, trouve ses racines dans son éducation familiale. Il évoque notamment les enseignements reçus de son père, Ibrahim Saffiri, qui lui aurait inculqué, dès son enfance, le sens de la débrouillardise et surtout l’obligation d’atteindre le résultat attendu.

‎Une jeunesse appelée à prendre ses responsabilités

‎À travers son expérience, El Hadj Ibouraima Safiri défend finalement une conception de l’entrepreneuriat qui dépasse la seule recherche du profit. Pour lui, une entreprise durable repose sur une combinaison de facteurs : identifier un problème, proposer une solution utile, connaître son marché, disposer d’un fonds de roulement, former ses équipes, préserver sa réputation et rester capable de s’adapter.

‎Mais surtout, l’entrepreneur doit construire autour de lui un capital de confiance.

‎À la jeunesse béninoise, son message est donc à la fois simple et exigeant : avoir une bonne idée ne suffit pas. Il faut travailler sur soi, accepter le risque, apprendre de ses erreurs et surtout développer des valeurs qui permettent aux autres de croire en soi.

‎Car, selon sa philosophie, le talent peut ouvrir une porte, mais c’est le comportement et la réputation qui permettent de rester dans la durée.

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