21 août 2026

Agriculture au Bénin : Abdel Haqq Ibouraïma Safiri donne les clés pour transformer les opportunités en véritable business

Au Bénin, l’agriculture ne manque pas d’opportunités. Ce qui fait encore défaut, c’est la capacité de nombreux acteurs à les transformer en véritables projets économiques. Pour El Hadj Abdel Haqq Ibouraïma Safiri, Senior Finance Manager et expert en économie et en sociologie rurale au sein d’une organisation internationale, la réussite agricole passe désormais par une nouvelle manière de penser : produire pour un marché identifié, maîtriser sa chaîne de valeur, se former et développer un véritable esprit entrepreneurial.

Agriculture au Bénin : Abdel Haqq Ibouraïma Safiri donne les clés pour transformer les opportunités en véritable business

Contrairement à l’idée selon laquelle certaines filières seraient systématiquement plus rentables que d’autres, l’expert estime que tous les sous-secteurs agricoles peuvent offrir des opportunités, à condition de tenir compte des orientations nationales et des réalités du marché.

« En agriculture, je pense que tout est porteur, mais ça dépend énormément des orientations nationales », explique-t-il. Soja, cajou, riz ou autres spéculations : chaque filière présente ses avantages, ses contraintes et ses débouchés. Le véritable enjeu consiste donc à bien s’informer avant de choisir son positionnement.

Pour lui, le producteur ne doit plus considérer son exploitation comme une simple activité familiale destinée à nourrir le ménage. Il doit progressivement adopter les réflexes d’un entrepreneur, avec une vision claire des coûts, du marché, des risques et des possibilités de croissance.

Ne plus produire sans connaître son marché

L’une des principales erreurs à éviter est de se lancer dans une production sans avoir identifié les débouchés. Pour El Hadj Abdel Haqq Ibouraïma Safiri, cette approche est trop limitée.

« La question, c'est de savoir à quel niveau je me positionne en tant qu'investisseur ou en tant que jeune qui a envie de devenir dans les filières agricoles », souligne-t-il.

L’agriculture doit ainsi être envisagée comme une chaîne de valeur allant de l’approvisionnement en intrants à la production, la transformation et la commercialisation.

Un producteur de riz, par exemple, doit savoir avant de produire quelles variétés recherchent les acheteurs et quelles sont les exigences des rizeries. De même, un transformateur doit connaître les caractéristiques du produit dont il a besoin et les attentes du commerçant situé en aval.

Cette approche permet de réduire les risques de mévente et d’adapter la production à la demande réelle.

Le financement existe, mais les projets bancables manquent

L’accès au financement est régulièrement présenté comme l’un des principaux freins au développement de l’agriculture. L’expert nuance toutefois cette perception.

À ses yeux, les mécanismes de financement existent, notamment avec le Fonds National de Développement Agricole (FNDA), mais de nombreux porteurs de projets ne disposent pas encore des compétences nécessaires pour présenter des dossiers suffisamment solides.

« Il y a un problème d’idées, il y a un problème de capacité, il y a un problème justement d’esprit d’entrepreneur, le mindset entrepreneurial », affirme-t-il.

La priorité devrait donc être accordée au renforcement des capacités. Un producteur doit pouvoir transformer son activité en véritable projet économique, avec un modèle clair, des objectifs précis et une stratégie permettant de convaincre les partenaires financiers.

La formation, premier levier de transformation

Pour passer d’une agriculture de subsistance à une agriculture rentable, plusieurs conditions doivent être réunies. Mais la première, selon l’expert, reste la formation.

Le producteur doit comprendre sa place dans la chaîne de valeur et maîtriser les différents facteurs qui influencent la rentabilité de son exploitation. Cela suppose également un meilleur accès à la terre, aux intrants, à la main-d’œuvre et aux équipements.

La mécanisation apparaît également comme un levier important. El Hadj Abdel Haqq Ibouraïma Safiri estime qu’il n’est pas nécessaire que chaque producteur possède son propre tracteur ou ses propres machines. L’essentiel est de pouvoir accéder à ces équipements à proximité et à un coût raisonnable.

Il cite notamment l’exemple des brigades de mécanisation agricole au Burkina Faso, qui permettent aux producteurs d’utiliser des équipements sans avoir à en devenir individuellement propriétaires.

IMG-20260821-WA1007.jpg

L'engrais à temps, un enjeu déterminant

Parmi les mesures susceptibles d’améliorer rapidement les performances du secteur, l’expert insiste sur la disponibilité des intrants dans les délais.

« Assurons-nous, par exemple, que tous les producteurs obtiennent l’engrais à temps. Ça seul permet de respecter le calendrier cultural et change totalement toute la physionomie de l’agriculture dans le pays », estime-t-il.

Dans un secteur fortement dépendant des saisons et des conditions climatiques, le respect du calendrier agricole peut en effet avoir des conséquences directes sur les rendements et les revenus des producteurs.

Les bailleurs recherchent désormais des entrepreneurs crédibles

Autre évolution importante relevée par l’expert : les partenaires techniques et financiers s’intéressent de plus en plus au secteur privé et à la durabilité des investissements.

Les jeunes entrepreneurs agricoles doivent donc apprendre à identifier les mécanismes d’accompagnement disponibles et surtout à aller eux-mêmes vers les partenaires.

Mais pour obtenir leur confiance, il faut pouvoir démontrer une première expérience. Un projet uniquement présenté sur papier, même bien rédigé, aura moins de chances de convaincre qu’une activité déjà opérationnelle et ayant produit des résultats.

« Faites déjà ce que vous pourriez avec ce que vous avez et demandez à étendre maintenant avec l’appui des bailleurs », conseille-t-il.

« Ma première voiture, je l’ai achetée en vendant du maïs »

Pour répondre à ceux qui doutent encore de la capacité de l’agriculture à créer de la richesse, El Hadj Abdel Haqq Ibouraïma Safiri s’appuie sur sa propre expérience.

« Ma première voiture, je l’ai achetée en vendant des produits agricoles. La première voiture, je vendais du maïs. »

Pour lui, l’agriculture peut bel et bien permettre de construire une carrière et de générer d’importants revenus. Mais elle exige du courage, de la préparation et une bonne connaissance des risques.

L’agriculteur doit composer avec les saisons, les pluies, les politiques publiques et les fluctuations du marché. D’où la nécessité, insiste-t-il, de se former continuellement et de rechercher les opportunités de renforcement des capacités, y compris au niveau régional et international.

Faire de l'agriculture un choix professionnel

Au final, le message de l’expert aux jeunes Béninois est clair : l’agriculture ne doit plus être perçue comme une activité réservée à ceux qui n’ont pas trouvé mieux. Elle peut devenir un véritable métier, une entreprise et une source importante de revenus.

Mais pour y parvenir, il faut changer de mentalité. Ne plus seulement penser à produire, mais savoir pour qui produire, quoi produire, comment produire, comment transformer et comment vendre.

L’avenir du secteur passe ainsi par une nouvelle génération de producteurs et d’entrepreneurs agricoles mieux formés, capables de saisir les opportunités, de structurer leurs activités et de mobiliser les ressources nécessaires à leur développement.

« Il faut oser », résume El Hadj Abdel Haqq Ibouraïma Safiri, tout en rappelant l’essentiel : se renforcer, se former et rester à l’écoute.

Traduis moi ça en anglais

Avis & commentaires

Soyez le premier à laisser un avis sur cet article.

Laisser un avis

Vous pouvez noter l’article, écrire un commentaire, ou les deux.

Votre note
Toutes les publications